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Remise des Insignes du grade d’Officier de l’Ordre National du Mérite

En me demandant de vous remettre aujourd’hui les insignes du grade d’officier de l’Ordre NationaI du Mérite que vient de vous décerner le Gouvernement de la République Française, vous avez eu, Cher Alain, le souci que ce soit un de vos plus anciens amis à qui vous confiiez cet honneur. Nous nous connaissons en effet depuis… plus de cinquante ans, c’était hier, à l’hôtel Nollet où nous vivions, vous et moi sous l’oeil malicieux, amical, affectueux du peintre-poète Max Jacob, qui a fait du lieu une page d’histoire.
Vous étiez danseur alors, et vous dansiez parfois sur mes improvisations pianistiques. Et nous vivions, vous et moi, parmi de jeunes artistes qui sont tous devenus célèbres aujourd’hui, et ont fait le Siècle dont nous avons été la jeunesse.

A quel moment avez-vous reçu l’appel du monde hindou qui est devenu votre patrie élue, à laquelle vous avez consacré et votre vie et vos travaux, qui font de vous un des plus authentiques, des plus savants, des plus rayonnants propagateurs ? Je me souviens qu’un jour vous êtes parti à la rencontre de Rabindranath Tagore, qui devait avoir sur vous une si grande
et si profonde influence. Et vous avez quitté Paris et vos amis, qui se réunissaient si souvent dans votre atelier de la rue Montsouris (que vous nommiez la Montsouricière) pour répondre à l’appel d’un monde fabuleux, que nous connaissions peu et mal, et dont vous nous avez révélé la fascinante beauté.

La musique, tout d’abord, que vous avez approchée de si près qu’elle vous est devenue familière, et sur laquelle vous avez écrit des livres qui nous ont fait comprendre et ressentir la fluctuante, subtile et raffinée grandeur.
La sculpture ensuite, monde foisonnant de visages, de formes, d’attitudes, de sensualité divine, puisqu’elle ne se manifeste que sur et autour des temples. Et toute cette antique civilisation perpétuée dont vous savez transmettre la secrète dignité.

De tout cela, évidemment, on ne peut pas ne pas reconnaitre le mérite, n’est-ce pas ? Et c’est ce mérite-là qui vient aujourd’hui vous désigner aux yeux et aux oreilles de tous ceux qui ont la curiosité des ailleurs qui enrichissent l’esprit et viennent au secours de notre monde occidental par leur spiritualité, leur détachement terrestre, leur irréalité substantielle.
Il nous apprend surtout à ne pas compter les jours avec les jours, à abolir le temps qui passe et nous dépasse si nous nous référons à lui pour vivre et penser. Il y a dans la musique, dans la monumentalité hindoue une grande lumière d’éternité : c’est elle qui rend si lumineux vos travaux et votre vie, Cher Alain, qui savez être unique parce que vous êtes un être libre en choisissant cette patrie dont la musique reste le langage des Dieux.

Source : Discours de M. Henri Sauguet, Paris

Date : 23 Mars 1985


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