31 Mar Jacques E. Cloarec
parle d’Alain Daniélou
Interviews Jacques E. Cloarec
J’ai été l’assistant d’Alain Daniélou pendant 30 ans. Tour à tour à Berlin et Venise, quand il y fonda deux instituts internationaux pour la conservation et la diffusion des musiques d’art des pays d’Asie. Puis, quand il se retira dans une grande maison perdue au milieu des vignes près de Rome, je devins son collaborateur pour l’achèvement de différentes traductions et l’écriture de plusieurs ouvrages. Alain Daniélou était quelqu’un d’assez secret, mystérieux et pudique, qui parlait peu, n’exposait pas, n’enseignait pas et attendait qu’on vienne vers lui. En parallèle à cette grande réserve, il avait une technique étonnante pour ne jamais s’en tenir à une attitude définitive. Et de fait, au cours de ces trois décennies passées auprès de lui, je n’ai jamais pu lui attribuer une qualité ou un défaut qui ne soit immédiatement démenti par son contraire. Ce qui vient de m’apparaître après sa mort en 1994, c’est surtout que si j’étais son collaborateur, son assistant, comme nous le disons en Occident, j’étais avant tout son élève et lui mon maître dans la forme que donne la tradition hindoue à ce rapport.