ÉDITO
Je voudrais, dans cet éditorial, rendre
hommage à deux grandes personnalités qui ont
disparu depuis notre dernière lettre : Sa Majesté
Mohammed Zaer Shah, roi des Afghans et le
chorégraphe Maurice Béjart avaient sans doute
peu de points communs si ce n’est d’être tous les
deux musulmans, tous les deux amis d’Alain
Daniélou, tous les deux ayant fréquenté le
labyrinthe de Zagarolo.
Le roi avait passé plusieurs années dans
la famille d’Alain Daniélou au moment où son
père, ambassadeur à Paris, fut rappelé en
Afghanistan pour monter sur le trône après
l’assassinat de son prédécesseur. C’est à cette
époque qu’il fut entraîné par Alain Daniélou, son
aîné, dans des entreprises sportives entre autres
une aventure en canoë. Le roi décida de
s’installer à Rome au moment de l’exil et c’est
ainsi qu’il eut l’opportunité de renouer les liens
de cette amitié de jeunesse. Ainsi, fréquemment,
il venait déjeuner accompagné de son fils, le
prince Mir Wais ou d’un parent, dans la propriété devenue depuis le Centre d’Etudes Alain Daniélou. Ce
qui me frappait, à chacune de ses visites privées, c’était l’extrême courtoisie, l’extrême simplicité du
souverain, sa dévotion à son peuple et ses analyses impartiales de la situation géopolitique de son pays. On
restait abasourdi de l’indifférence des gouvernements occidentaux envers ce monarque qui avait réussi à
maintenir la paix et la cohésion de son pays multi-ethnique pendant quarante ans. Malgré les aléas
tragiques que la vie lui avait réservés il restait plein d’humour et d’une grande gentillesse et s’amusait du
drapeau autonomiste breton qui flottait sur la maison : n’était-ce pas le drapeau afghan royaliste qui eut dû
le remplacer durant la permanence du roi dans la maison ?
Maurice Béjart a très tôt employé les musiques indiennes enregistrées par Alain Daniélou pour ses
ballets en particulier Bhakti. Dans les années 80 ses rapports avec Daniélou devinrent plus proches par
l’intermédiaire de leur amie commune Savitry Naïr. Ainsi après son opération de la hanche il vint passer
quelques jours de convalescence dans la maison de Zagarolo accompagné de Eiji Mihara. Je me souviens
de leur dernière rencontre quand Maurice Béjart vint le voir à la clinique de la Source à Lausanne où
Daniélou venait d’être hospitalisé. Eiji, Eric Vu An, Béjart et moi entourions le lit.
